" Jamais on n'a raison contre son seigneur ni contre un enfant qui pleure "  -  Sagesse japonaise
Un voyage dans le temps... : le Japon ancien
 
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Le Japon, du début de la période historique (VIè s.) au début de l'eire Meiji (1868)

L'Etat antique :

Le royaume de Yamato et le début de la période historique (VIè s.)
La politique d'unification du pays : le modèle chinois et l'introduction du bouddhisme ;
La période d'Asuka (593 à 710) ; au pouvoir, le clan des Soga, puis celui des Nakatomi.

La période de Nara (710-794)
Le Code de Taiho et la hiérarchisation de la société ;
La double influence chinoise et bouddhique

La période de Heian (794-1185)
Le Japon des Fujiwara et l'affirmation d'une civilisation proprement japonaise ;
L'émergence d'une classe de guerriers professionnels (les samouraïs ou bushis)
et sa montée en puissance avec le clan des Taira et celui des Minamoto.

Le shogunat :

La période de Kamakura (1185-1333)
La mise en place du shogunat (pouvoir militaire) par les Minamoto : le pouvoir central entre les mains du shogun et de son bakufu ; l'administration des provinces par les "shugo" et les "jito" ;
La régence du clan Hojo (1205-1333) ; le code légal de bonne conduite "goseiba shikimoku"
La tentative d'invasion des Mongols (seconde moitié du XIIIè s.).

La période de Muromachi (1333-1582)
Le renversement des Hojo et la prise du pouvoir par le clan des Ashikaga ;
L'époque des deux cours impériales du Nord et du Sud ("Nanbokucho jidai") (1336-1392) ;
La montée en puissance des "shugo-daimyo" de province ;
Le chaos général, avec la guerre d'Onin (1467-1477), les révoltes sociales et les guerres féodales entre daimyo ("Sengoku jidai") ;
La campagne de réunification du pays menée par Oda Nobunaga (milieu du XVIè s.).

La période de Momoyama (1582-1603)
La poursuite de l'oeuvre de réunification par Toyotomi Hideyoshi
Le règne de Hideyoshi : l'unification économique et administrative ; la suppression de la mobilité sociale ; la tentative d'invasion de la Corée ;
La bataille de Sekigahara et la victoire de Tokugawa Ieyasu.

La période d'Edo (Tokugawa) (1603-1868)
La campagne d'Osaka et l'extermination des Toyotomi ;
Le régime des Tokugawa : la lutte contre le christianisme ; la restriction du commerce extérieur ;
Le bushido et l'évolution de la classe des guerriers ;
La chute du bakufu des Tokugawa.

 
 
 
Château d'Osaka
Jardin du château de Nijo à Kyoto
 
   
Le royaume de Yamato et le début de la période historique (VIè siècle)
     
 

Le Japon est un archipel essentiellement formé de quatre grandes îles : Hoddaïdo (au Nord), Honshu, Shikoku, et Kyushu (au Sud).

Au Vème siècle de notre ère, il n'est encore qu'un Etat primitif, qui se caractérise par les nombreuses rivalités entre les clans.

Le royaume de Yamato et la politique d'unification du pays

L'histoire du Japon débute réellement au VIè siècle, avec le royaume de Yamato, situé sur Honshu, et la mise en oeuvre d'une politique d'unification et de centralisation de l'Etat, qui s'appuie sur le modèle chinois, et favorise, vers 538, l'introduction d'une nouvelle doctrine religieuse fondée en Inde : le bouddhisme. L'une des premières capitales du royaume est Asuka.

Les luttes entre les clans ne cessent pas pour autant. A la mort de Yomei, monarque de Yamato, elles opposent en particulier les Nakatomi (prêtres shintoïstes de la cour) et les Mononobe (guerriers favorables au morcellement du pays), aux Soga (représentés par Soga no Umako, fils de Soga No Iname).

Le clan des Soga au pouvoir

Vainqueur, le clan des Soga met au pouvoir Shotoku-taishi, fils de Yomei et régent de la première impératrice japonaise, sa tante Suiko (593-628). Shotoku-taishi, premier souverain à se convertir au bouddhisme, fonde le premier grand temple bouddhique (le Shitenno-ji ou "temple des Quatre Rois gardiens"). Le bouddhisme, qui met l'accent sur la discipline intérieure, prend alors le statut de religion officielle et supplante le shinto (religion à l'époque bien implantée dans le pays, qui déifie la nature - avec le culte des "Kami" (esprits) - et qui reviendra au premier plan au XIXè siècle, en devenant une religion d'Etat).

Shotoku-taishi établit par ailleurs une hiérarchie de fonctionnaires, constituée de douze échelons ("kan i juni kai") et promulgue un code de lois en dix-sept articles ("kempo jushichi jo"). Sa mort, en 621, est suivie d'une période de troubles.

A noter que la période s'étalant de 593 à 710 est appelée période d'Asuka, ou parfois aussi  "Suikochô-jidai" ("règne de l'impératrice Suiko").

Le clan Nakatomi au pouvoir

En 645, le clan des Nakatomi, appuyé par le prince Naka-no-Oe (futur empereur Tenchi), prend le pouvoir au détriment des Soga, définitivement éliminés. La Réforme de l'ère Taika ("Taika no kaishin"), par laquelle le Japon adopte le modèle de l'administration chinoise des Tang, est promulguée, et marque l'avènement de la monarchie absolue. Nakatomi no Kamatari, son promoteur, reçoit alors le nom de Fujiwara, que portera désormais sa famille.

Le pouvoir continue de se renforcer sous le règne de l'empereur Tenchi (ou Tenji) (662-672), puis sous celui de son frère Temmu (673-686).

En 701, la promulgation du Code de l'ère Taiho ("Taiho ritsu-ryo") met en forme le système féodal d'organisation de la société élaboré par le gouvernement du Yamato, qui sera appliqué jusqu'au début du règne de l'empereur Meiji, dans la seconde moitié du XIXè siècle.
 
 
 
La période de Nara (710-794)
     
 

Le Code de Taiho et la hiérarchisation de la société.

Avec l'entrée en vigueur du Code de Taiho en 701 et l'instauration par celui-ci d'une administration et d'un mode de vie très hiérarchisés, une nouvelle ère s'ouvre au Japon.

Nara, qui donne son nom à la brillante période allant de 710 à 794, en est la première capitale fixe. Elle occupe une position centrale stratégique dans l'archipel, ce qui facilite la transmission des ordres et le recouvrement de l'impôt. 

Dès cette époque, le clan Fujiwara occupe une place éminente à la cour. L'entretien de celle-ci repose essentiellement sur le travail des paysans, mains nourricières du pays qui cultivent le riz, mais le rendement rizières est fonction des aléas du climat. 

Les fonctionnaires, dont la hiérarchie comprend neuf rangs et trente échelons, sont chargés de faire appliquer les préceptes du gouvernement impérial dans les 68 provinces du pays. Ils sont supposés savoir lire et écrire le chinois, qui est la langue officielle de l'administration, ou tout au moins celle des lettrés.

Dans le domaine littéraire, des chroniques (le Kojiki et le Nihon Shoki) sont rédigées - l'une en 712, l'autre en 720 - à l'initiative de l'impératrice Gemmei (qui abdique en 714 au profit de l'impératrice Gensho), désireuse d'asseoir la dynastie impériale en lui donnant une origine divine. 

En outre, bien que les lettrés écrivent en chinois, une littérature proprement japonaise utilisant les caractères chinois commence à se développer, avec la rédaction de la première anthologie japonaise (Man'yoshû) en 759.

La double influence chinoise et bouddhique

L'influence chinoise se poursuit pour s'étendre au domaine artistique (sculpture, peinture et calligraphie).

Il en va de même pour l'influence du bouddhisme (devenue religion impériale au VIè siècle), avec la création de six sectes plus ou moins rivales, toutes fondées - sauf une - par des moines japonais formés en Chine. Les conceptions de ces sectes (Jojitsu, Kusha, et surtout le Sanron, le Hosso, le Kegon et le Ritsu) s'imposent à la cour. 

En 743, l'empereur Shomu (724-749) fait construire à Nara le temple en bois du Todai-ji, qui abritera une immense statue de Bouddha ("Daibutsu") et accueillera le "musée" ("Shoso-in") des collections de l'empereur, avec des objets précieux venus de Chine, d'Asie mineure, de Perse et d'Inde par la route de la soie.

Les sanctuaires religieux étant exemptés d'impôts, l'extension du bouddhisme entraîne, comme en Chine, une rupture de l'équilibre économique.

A partir de 781, les femmes ne peuvent plus accéder au trône, après la tentative d'appropriation du pouvoir par le moine Dokyo, qui n'a eu de cesse d'exercer son ascendant sur l'impératrice Koken (749-758), fille de Shomu, et qui a par la suite été banni par un successeur de celle-ci, l'empereur Konin (770-781). 

Finalement, pour échapper à l'emprise des monastères et des seigneurs féodaux établis autour de Nara, l'empereur Kammu (781-806) fait transférer la capitale à Heian-kyo (l'actuelle Kyoto) en 794.
L'empereur commence également à soutenir deux sectes, le Tendai et le Shingon, qui connaissent alors une grande popularité en Chine (Tiantai et Zhenyan en chinois).

 

La période de Heian (794-1185)
     
 

Le Japon des Fujiwara et l'affirmation d'une civilisation proprement japonaise

Avec le transfert de la capitale de Nara à Heian-kyo, une civilisation proprement japonaise, libérée de l'influence chinoise, va s'épanouir peu à peu. Les deux grandes écoles bouddhiques de l'époque sont à présent le Tendai, fondée par le moine Saicho, et le Shingon, fondée par le moine Kukai.

En 858, alors que le rôle de l'empereur s'efface progressivement et que les relations avec la Chine commencent à s'estomper, la puissante famille aristocratique des Fujiwara, influente à la cour depuis déjà deux siècles, prend le pouvoir, qu'elle détiendra jusqu'au milieu du XIIe siècle.

Elle crée à son profit la fonction de régent, qui lui donne le pouvoir pendant la minorité de l'empereur, et celle de grand chancelier, qui lui laisse le pouvoir même lorsque l'empereur est majeur. En d'autres termes, l'empereur règne, mais c'est l'aristocratie qui gouverne. Il faut cependant attendre le XIè siècle avec Fujiwara no Michigana, qui place l'empereur sous sa tutelle, pour que la prépondérance de cette famille à la cour soit totale.

L'émergence d'une classe de guerriers professionnels : les samouraïs (ou bushis)

Dans le pays, la cour abandonne peu à peu son travail administratif et de maintien de l'ordre au profit des gouverneurs de province, qui oppriment la population.

Le poids des impôts en particulier provoque de nombreuses révoltes et les petits fermiers sont amenés à se placer sous la protection de puissantes familles terriennes. Or, ces riches propriétaires terriens, qui entretiennent des relations tendues avec les aristocrates de la cour, disposent non seulement de la masse paysanne, mais aussi d'armées privées, comprenant, outre des paysans, artisans et citadins, des guerriers professionnels, qui vont donner naissance à une nouvelle caste : les samouraïs (ou bushis, si l'on réserve le terme de "samouraïs" aux fonctionnaires armés apparus à l'époque d'Edo, au XVIIè siècle).

Aux Xè et XIè siècles, de nombreuses campagnes de répression sont menées pour mettre fin aux rébellions (dont celle de Taira Masakado dans le Kanto, et celles des "barbares" dans le nord de Honshu), et le gouvernement impérial lui-même, plus préoccupé par le luxe et le raffinement de la cour que par la constitution d'une armée, est amené à faire appel à ces guerriers professionnels. Les samouraïs - qui prendront le pouvoir à la fin du XIIè siècle pour dominer la société japonaise  pendant près de sept cents ans - commencent à jouer un rôle important.
C'est ainsi que le gouvernement charge Minamoto Yoriyoshi de mater l'insurrection du rebelle Abe Yoritoki, descendant des "barbares" "emishi" : le conflit dure plusieurs années (Guerre de Neuf Ans) et Minamoto Yoshiie finit par écraser la rébellion.

Les Minamoto et les Taira, principales familles de samouraïs

Par la suite, les familles de samouraïs les plus influentes sont appelées à la cour pour assurer la sécurité des propriétés de l'empereur et de l'aristocratie.

Les deux principaux clans de samouraïs sont, d'une part, les Heishi ou Heike, dont le fief est le Kanto et dont les membres sont connus sous le nom de famille Taira, d'autre part, les Genji, dont le fief est Osaka et dont les membres se nomment Minamoto.

A la cour, les Taira et les Minamoto deviennent les principaux rivaux des régents Fujiwara. Des empereurs comme Go-Sanjo (1068-1072) et Go-Shirakawa (1155-1158), désireux de se libérer de la tutelle de cette puissante famille, s'efforcent alors de tirer parti de ces rivalités. Go-Shirakawa se rapproche en particulier des Taira.

Les Fugiwara, divisés, sont finalement éliminés par les Minamoto, mais un nouveau conflit voit le jour, opposant les clans Taira et Minamoto, qui ont pourtant combattu ensemble (menés par Taira Kiyomori et Minamoto Yoshitomo) avant de devenir ennemis. Il est vrai que dans le passé - au début et au milieu du siècle - les deux clans ont déjà été opposés l'un à l'autre. Une guerre - dite guerre Genpei - éclate donc entre eux en 1181.

En 1185, les Taira sont écrasés avec leur flotte à Dan-no-Ura près de Shimonoseki, par Minamoto Yoshitsune, fils de Minamoto Yoshitomo et frère du futur shogun Minamoto Yoritomo.

Le rôle des femmes dans la littérature

L'époque de Heian est par ailleurs marquée par le rôle des femmes dans la littérature.
En effet, bien qu'il leur soit interdit d'écrire en chinois, certaines femmes de l'aristocratie et de la classe des fonctionnaires, simples épouses souvent délaissées, se tournent vers l'écriture, ce qui fait qu'une majeure partie de la littérature en japonais leur est due - avec en particulier le magnifique Gengi monogatari (le "dit du Genji" ou roman du prince Gengi), de Murasaki Shikibu, des récits historiques comme l'Eiga monogatari, d'Akazome Emon, des notes, souvenirs et journaux comme  les Notes de chevet (Makura no soshi) de Sei Shonagon, et les Journaux de voyage de Sarashina, et de la poésie.

 

 
Le Shogunat
 
La période de Kamakura (1185-1333)
     
 

La mise en place du shogunat par les Minamoto             >>  Carte

Portés en avant par leur victoire sur les Taira - en 1185 - et menés par Yoritomo, les Minamoto prennent le pouvoir et instituent le premier gouvernement (ou bakufu) d'un régime militaire dictatorial, le shogunat, qui va durer jusqu'en 1867.

C'est ainsi que Minamoto Yoritomo est nommé shogun en 1192, et qu'il installe son bakufu à Kamakura, après avoir éliminé son frère Yoshitsune et s'être emparé des richesses et domaines de l'ancienne famille aristocratique Fujiwara, qui avait aidé son frère avant de le trahir.

Deux pouvoirs coexistent désormais au niveau central : celui de l'empereur ("tenno") et de la cour (pouvoir impérial), et celui du shogun et de son bakufu (pouvoir militaire).
Le bakufu, détenteur exclusif du pouvoir politique, comprend différents "ministères" - le "Samurai-dokoro" ou "ministère de la guerre", un service administratif ou "Mandokoro" et un pouvoir judiciaire ou "Monchûjo" - alors que de son côté, l'empereur n'a, par son titre, qu'une influence morale. Go-Toba ou Toba II (1183-1198) est le premier empereur du shogunat.

Excellent stratège, Minamoto Yoritomo constitue une administration souple mais efficace et se retrouve à la tête d'un pays composé d'une multitude de provinces plus ou moins indépendantes, notamment sur le plan de la justice.
Le shogun crée un corps de commissaires, le shugo (chargé d'intervenir dans les affaires policières et militaires), et un corps d'intendants, le jito (chargé d'assurer la gestion économique et fiscale du pays), qui remplacent peu à peu les fonctionnaires impériaux.

Dans ce nouveau Japon féodal, le shogun s'octroie le privilège d'accorder des terres aux samouraïs - ou de confirmer leur droit de propriété sur celles qu'ils ont gagnées ou reçues en héritage - et les liens entre seigneurs et vassaux sont étroits et personnalisés, proches du lien filial. Les samouraïs qui détiennent des terres et sont des vassaux directs du bakufu sont appelés "gokenin".

La régence des Hojo

A la mort de Yoritomo en 1199, son fils Minamoto Yoriie prend le titre de shogun, mais il est assassiné par Hojo Tokimasa (père de Hojo Masako, la veuve de Yoritomo).
Minamoto Sanetomo, frère de Yoriie, devient le troisième shogun, mais il est également assassiné, et sa mort met fin à la lignée des Minamoto.
Le clan Hojo s'empare alors du pouvoir (qu'il détiendra jusqu'en 1333) en instaurant la régence : le rang social de cette famille - qui descend d'un fonctionnaire - l'empêche en effet d'attribuer à l'un des siens le titre de shogun. Hojo Tokimasa devient le premier régent, alors qu'un homme de paille - un noble - reçoit le titre de shogun.

C'est alors que la cour de Kyoto tente de profiter de prétendue "faiblesse" du shogun pour reprendre le pouvoir : l'empereur Go-Toba se retrouve à la tête d'une rébellion ("Jokyu-no-ran") mais ses troupes sont vaincues lors de la bataille d'Uji en 1221. L'empereur est exilé et ses terres sont confisquées.

En 1232, le bakufu promulgue un nouveau code légal, "goseiba shikimoku" ou "Formulaire de Joei", qui influencera par la suite le code des samouraïs (ou bushido) de l'époque d'Edo, au XVIIè siècle. Ce code légal, qui est en fait un code de bonne conduite, est basé sur des valeurs comme le devoir filial et la loyauté, mais son application ne fait pas autant appel à l'honneur que le bushido.

A noter que les sectes bouddhistes influentes de l'époque sont :
- la Secte Zen, issue de la secte chinoise Chan (ou T'chan), introduite au Japon par Myoan Eisai (1141-1215) et développée par son disciple Dogen (1200-1253) ;
- la Secte de la Terre Pure (Jodo Shu), créée par les disciples de Honen, qui vénère le Bouddha Amida (amidisme), et à laquelle un autre disciple de Honen adjoint la Vraie Secte de la Terre pure (Jodo Shinshu) ;
- ou encore la Secte de Nichiren (1222-1282), du nom de son fondateur, qui est également appelée Secte Hokke ou Secte du Lotus.
La Secte Zen, qui enseigne que la méditation permet d'atteindre le satori, ou illumination, va devenir la grande école de stoïcisme, de rigueur et de discipline des samouraïs et de l'élite nippone. Deux écoles Zen sont fondées : l'école Rinzai, et l'école Soto, plus radicale et plus austère.

La tentative d'invasion des Mongols

Dans la seconde moitié du XIIIè siècle, Koubilaï, petit-fils de Gengis Khan et lui-même grand Khan des Mongols, devenu empereur de Chine (dynastie des Yuan) et maître de la Corée, étend sa convoitise au Japon. Il y envoie des émissaires à trois reprises (en 1268, 1271 et 1274), pour exiger le paiement d'un tribut, que les dirigeants militaires nippons - peu familiarisés avec la politique étrangère, contrairement à l'aristocratie impériale - rejettent.

En 1274, les Mongols réagissent en lançant leur flotte à la conquête du Japon.
Les samouraïs s'efforcent de résister à l'invasion, mais armés "seulement" d'arcs et de sabres et habitués au combat singulier, ils sont vite déconcertés par les Mongols - armés quant à eux de flèches empoisonnées, d'arbalètes et de poudre ("teppo") - et leur manière de combattre.
Les Mongols sont néanmoins vaincus, car un ouragan survient et leur flotte est engloutie. Les tentatives d'invasion suivantes, en 1279 puis en 1281, se soldent également par des échecs, notamment grâce au puissant typhon qui détruit de nouveau la flotte mongole en 1281. 

Malgré la défaite des Mongols et la satisfaction pour les Japonais d'avoir résisté à l'invasion, les pertes humaines et les conséquences économiques de la guerre contribuent au déclin de la famille Hojo. Cette décadence s'accélère avec la constitution à Kamakuma - siège du pouvoir militaire - d'une pseudo-cour à l'image de la cour impériale de Kyoto, car un fossé se creuse alors entre la population - ou tout au moins les vassaux de province - et l'élite.
C'est à cette époque que des bandes plus ou moins organisées de bandits appelés "akuto", composées de moines-soldats, de samouraïs ruinés et de mercenaires, voire de criminels, font leur apparition.
Conscient de l'affaiblissement des Hojo, le dynamique et fier empereur Go-Daigo, soutenu notamment par Ashikaga Takauji, saisit l'opportunité de renverser le pouvoir militaire central.

 
La période de Muromachi (1333-1582)
     
 
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Le renversement des Hojo et la prise du pouvoir par les Ashikaga.

Lorsque l'empereur Go-Daigo ou Daigo II prend le pouvoir en 1318, il n'a pas l'intention, comme ses prédécesseurs, d'abdiquer en faveur du régent Hojo.
Les complots se multiplient entre les forces en présence et le conflit s'intensifie, pour aboutir en 1333 au renversement du bakufu et des Hojo par l'empereur. Celui-ci, exilé sur l'île d'Oki après la découverte d'un complot, est appuyé par Kusunoki Masashige (qui est peut-être un chef "akuto") et par deux familles guerrières du Kanto issues du clan Minamoto : celle de Nitta Yoshisada, qui marche sur Kamakura, et celle de Ashikaga Takauji, qui s'empare de Kyoto.

Après le retour d'exil de l'empereur Go-Daigo rétabli dans son titre, Ashikaga Takauji, mécontent d'être écarté du nouveau gouvernement et cherchant avant tout à accroître sa puissance personnelle, retourne au Kanto où il cesse d'obéir à l'empereur. Celui-ci envoie  contre lui Nitta Yoshisada, mais Takauji parvient à gagner l'île de Kyushu, où il se renforce son armée.

Décidé à renverser l'empereur, il se met en marche et triomphe des armées de Nitta Yoshisada et Kusunoki Masashige à la bataille de Minatogowa, en 1336, avant d'entrer dans  Kyoto, où il fait intrôniser un second empereur, Kyomo.
Go-Daigo s'enfuit à Yoshino (Nara) et c'est ainsi que deux cours impériales rivales vont coexister de 1336 à 1392 ("Nanbokucho jidai" ou "époque des cours du Nord et du Sud").

En 1338, Takauji prend le titre de shogun et établit son bakufu dans un faubourg de Kyoto : Muromachi, permettant au clan Ashikaga d'accéder au pouvoir. Mais les années qui suivent voient les guerres civiles se succéder en raison de la rivalité des deux cours impériales. En outre, les "shugo" de province les plus influents, appelés "shugo-daimyo", posent régulièrement problème car ils sont puissants et difficilement contrôlables.

La montée en puissance des "shugo-daimyo" de province

C'est avec le shogun Ashikaga Yoshimitsu (1368-1408), petit-fils de Takauji, que le pays retrouve une certaine stabilité politique et militaire. Celui-ci parvient à unifier les deux cours impériales en 1392, et à éliminer plusieurs "shugo-daimyo" trop puissants, avec l'aide des familles vassales Hosokawa, Hatakeyama et Shiba.
Il noue également des relations avec la Chine, à présent dirigée par la dynastie des Ming, et signe avec elle des accords importants.
En 1394, Yoshimitsu se retire à Kyoto dans le Pavillon d'Or ("Kinkaku") qu'il s'est fait construire, où il continue à diriger le pays jusqu'en 1408, tout en laissant le shogunat aux mains de son fils Ashikaga Yoshimochi.

A noter que sur le plan culturel et religieux, le bouddhisme Zen, déjà influent au XIIIè siècle, joue un rôle important tout au long du XIVè siècle.

Après l'arrivée au pouvoir du shogun Ashikaga Yoshinori, la situation se dégrade car la puissance des "shugo" (et des "jito") continue de croître. Parmi ces gouverneurs provinciaux - qui sont donc des représentants de l'Etat dans les provinces - certains sont devenus de puissants propriétaires terriens toujours prompts à s'enrichir, et qui ont su établir des liens avec des "gokenin" locaux ou des samouraïs non "gokenin" : ce sont les "shugo-daimyo". En 1428, leur cupidité déclenche une première révolte "ikki" - vite réprimée - parmi les classes pauvres écrasées par les impôts.

Le chaos général : la guerre d'Onin, les révoltes sociales et les guerres féodales

Au milieu du XVè siècle, à l'époque où Ashikaga Yoshimasa est nommé shogun, le véritable pouvoir dans le pays est détenu par les "shugo-daimyo", qui contrôlent le bakufu.
De fait, Yoshimasa n'a pas la stature d'un dirigeant et préfère se retirer dans son Pavillon d'Argent ("Ginkaku"), édifié à Kyoto, pour laisser son frère Yoshimi lui succéder.

Mais l'épouse de Yoshimasa, Hino Tomiko, donne naissance à un fils et réclame le pouvoir. Elle est soutenue par Mochitoyo (Sozen), du clan Yamana, alors que Yoshimi bénéficie du soutien de Katsumoto, du clan Hosokawa. Une guerre de succession, dite guerre d'Onin, éclate entre les deux camps en 1467, opposant l'armée de l'Ouest, menée par les Yamana, à l'armée de l'Est, menée par les Hosokawa.

Cette guerre de succession, au terme de laquelle l'autorité du shogun se trouve considérablement affaiblie, se limite d'abord à la région de Kyoto, mais le conflit s'étend finalement à tout le pays, provoquant le chaos général - un chaos qui perdurera plus d'un siècle après la fin de la guerre en 1477 ("Sengoku jidai" ou "époque des pays en guerre").

Dans ce chaos général, deux grands mouvements de révolte sociale voient le jour : le "Gekokujo", initié par les "do-ikki",  et le "Ikko-ikki" - initié par le prêtre bouddhiste Rennyo de la communauté Jodo-shin-shu - qui renverse le seigneur local Togashi Masachika, avant de former un gouvernement de province et de commencer la construction du monastère fortifié d'Ishiyama Honganji (à l'emplacement de la future Osaka).

Dans ce chaos général toujours, des guerres féodales, au cours desquelles "les faibles détrônent les puissants", se multiplient dans le pays. 

Les "shugo" sont évincés, mais les daimyo demeurent : en d'autres termes, tous les seigneurs de province qui ont conservé leur pouvoir et leurs terres durant cette période de troubles sont désormais appelés daimyo, quelle que soit leur origine (samouraïs ayant accédé au rang de daimyo, anciens "shugo", anciens subordonnés ayant renversé le seigneur local). Ces daimyo, qui luttent pour étendre leurs territoires, commencent à s'attacher de véritables vassaux (et non plus des "jito") qui prêtent serment et se voient attribuer des fiefs.

C'est aussi à cette époque qu'apparaissent les ashigaru, fantassins de base recrutés parmi les paysans sans terre, les citadins sans emploi et autres sans-abri. Le recours à ces fantassins change complètement la façon de combattre, de même que l'introduction des armes à feu au Japon. En 1543, en effet, les premiers européens (Portugais) débarquent à Tanegashima, petite île au sud de Kyushu, et avec eux les premières armes à feu : les arquebuses.

Dans les années qui suivent, d'autres européens - des Espagnols, des Anglais et des Hollandais - viennent commercer avec les Japonais, alors qu'en 1549, le prêtre jésuite François-Xavier arrive sur Kyushu et fonde une mission à Nagasaki.

La campagne de réunification du pays menée par Oda Nobunaga             >>  Carte

Vers 1560, Oda Nabunaga lance la première d'une longue série de batailles qui aboutira à la réunification du pays.
Nobunaga est alors le seigneur de Nagoya, un fief situé dans la province d'Owari. Sa famille, ancienne vassale du "shugo" d'Owari (appartenant au clan Shiba) a pris possession de cette province après la guerre d'Onin, et Nobunaga en a hérité à la mort de son père, Oda Nobuhide, qui avait pris la tête du clan Oda.

Après avoir anéanti le daimyo du clan Imagawa (Yoshimoto, seigneur de Totomi), à la bataille d'Okehazama, et le daimyo du clan Saito (Tatsuoki), dans la province de Mino, Nobunaga entre dans Kyoto où il installe un shogun fantoche, Ashikaga Yoshiaki, frère du shogun en place lui aussi sans pouvoir.
En 1570, Nobunaga parvient à vaincre une première fois les clans alliés Asai et Asakura (bataille d'Anegawa), pour triompher ensuite définitivement d'Asai Nagamasa (son propre beau-frère) et d'Asakura Yoshikage, en 1573. La même année, il déjoue les complots du shogun Yoshiaki, qu'il chasse, et met fin au bakufu du clan Ashikaga.

Entre temps, un autre clan puissant, celui des Takeda, maître de la province de Kai - d'adord mené par Takeda Shingen, puis, à la mort de celui-ci, par son fils Katsuyori - est entré en scène, prenant le parti du shogun Yoshiaki contre Nobunaga.
En 1575, Katsuyori décide d'attaquer l'un des fidèles vassaux de Nobugana, Tokugawa Ieyasu (d'abord connu sous le nom de Matsudaira Motoyasu), qui demande du renfort au clan Oda. La bataille qui oppose alors les Tokugawa et les Oda aux Takeda, au terme de laquelle les Takeda sont battus, restera célèbre sous le nom de bataille de Nagashino (Shitahragahara) (voir la carte).

Pendant sa campagne de réunification, Nobunaga doit également faire face à une autre type d'ennemi : la communauté religieuse "Ikko-ikki", établie dans le monastère fortifié d'Ishiyama Honganji (à l'emplacement de la future Osaka), dont il cherche à confisquer les terres.
A l'époque, la plupart des groupes religieux entretiennent leur propre armée privée, rattachée au temple et composée de moines-soldats, de petits samouraïs, du personnel du temple, d'artisans et d'ouvriers ; mais tel n'est pas le cas du "Ikko-ikki" : ce groupe n'abrite aucune véritable armée mais s'appuie sur les capacités guerrières de ses nombreux adeptes, parmi lesquels des petits samouraïs, des marchands, des fermiers et des artisans. La résistance de ce mouvement est telle qu'il faut dix ans à Nobunaga pour les faire capituler.

Poursuivant son rêve ambitieux, Nobunaga fait construire le château d'Azuchi (dans la région d'Omi, près du grand lac Biwa), où il s'établit, et confie à un autre de ses fidèles vassaux,  Toyotomi Hideyoshi, la charge de soumettre le clan Mori
En difficulté, Toyotomi demande du renfort et Nobunaga répond à son appel, mais avant d'avoir pu le rejoindre, il est assassiné en 1582 au temple de Honnoji (à Kyoto) où il séjourne, par l'un de ses généraux, Akechi Mitsuhide.

 
La période de Momoyama (1582-1603)
 

(ou période d'Azuchi Momoyama (1576-1603), si on fait débuter cette
période à la construction du château d'Azuchi par Oda Nobunaga)

 
 

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La poursuite de l'oeuvre de réunification par Toyotomi Hideyoshi

Après l'assassinat d'Oda Nobunaga en 1582, son fidèle et puissant vassal Toyotomi Hideyoshi entreprend de poursuivre son oeuvre de réunification

D'origine modeste, Hideyoshi, dont le père a servi dans l'armée du père de Nobunaga, est parvenu à entrer au service de ce dernier, qui, ayant pris conscience de la valeur de son jeune vassal, lui a par la suite attribué les terres d'Asai Nagasama, vaincu en 1573.

Hideyoshi commence par affronter et défaire l'armée du traître assassin Akechi Mitsuhide à la bataille de Yamazaki (1582), puis, ayant pris parti pour le petit-fils et héritier de Nabunaga, il doit lutter contre un autre ancien général de celui-ci, Shibata Katsuie, qui défend les droits du troisième fils de Nabunaga.
Katsuie est vaincu à la bataille de Shizugatake, et tous les anciens généraux, hormis Tokugawa Ieyasu, se soumettent à Hideyoshi.
Ieyasu finit toutefois par se "soumettre", ou tout au moins faire la paix avec Hideyoshi après la bataille de Nagakute en 1584.

Dans le même temps, Hideyoshi a fait bâtir son propre château sur les ruines du temple fortifié d'Ishiyama Honganji (mouvement "Ikko-ikki"), à l'embouchure du fleuve Yodo, où il fonde la ville d'Osaka. Il fait également agrandir le château de Himeji au sud-ouest de Kyoto (Shirasagi-jo ou Château du Héron Blanc).

Cependant, deux clans lui résistent encore sur Honshu, celui des Hojo (dits Hojo postérieurs car distincts des Hojo de l'époque de Kamakura) et celui des Date, et il n'a pas non plus soumis les territoires de Kyushu et de Shikoku (les deux îles du sud). Sa campagne se poursuit donc en ce sens, avec succès, puisqu'il annexe Shikoku, fief des Chosokabe, en 1585, défait l'armée du clan Shimazu au sud de Kyushu en 1587, et assiège la forteresse du clan Hojo à Odawara, qu'il bat en 1589, alors que Date Masamune, dernier daimyo indépendant établi au nord de Honshu, finit par se soumettre.

Le règne de Toyotomi Hideyoshi

En 1590, le rêve d'Oda Nobugawa de voir le Japon réunifié est donc enfin réalisé, et Hideyoshi se retrouve maître du pays. Celui-ci, en raison de son humble origine, ne peut prendre le titre officiel de shogun, mais s'est vu accorder, en 1585, le titre aristocratique de "kanpaku", qui fait de lui le régent de l'empereur, toujours cantonné à un rôle représentatif.

Hideyoshi, qui se fait appeler Toyotomi Hideyoshi, entreprend la construction du château de Fushimi sur la colline de Momoyama à Kyoto. Sous son règne sera également construit - ou plutôt reconstruit - le château de Nijo, toujours à Kyoto, qui servira de résidence secondaire à Tokugawa Ieyasu pendant la période d'Edo.

Avant même l'achèvement de la réunification politique, Hideyoshi s'est lancé dans la réforme économique et administrative du pays, en commençant par une vaste campagne d'arpentage des terres, suivie d'une hiérarchisation des domaines en fonction des récoltes annuelles de riz. Le système féodal est renforcé par l'assujettissement de tous les daimyo à Hideyoshi (qui les contraint à laisser des membres de leur famille en otages à Kyoto).

En outre, en 1590, alors qu'il doit sa réussite à la mobilité sociale, Hideyoshi interdit complètement la possibilité de changer de classe sociale

Enfin, parallèlement à la mise en oeuvre de sa politique intérieure, Toyotomi Hideyoshi lance une campagne militaire contre la Corée, qu'il est décidé à conquérir pour ouvrir une voie d'accès à la Chine des Ming et assurer l'expansion japonaise en Asie continentale. Cette tentative d'invasion, qui se concrétise par l'envoi de troupes massives à deux reprises (en 1592 et en 1597), et par une guerre de sept ans à laquelle la Chine se mêle, se solde par un échec. A la mort - par maladie - de Hideyoshi, en 1598, au château de Fushimi, les trouppes japonaises se retirent d'une Corée dévastée, en partie occupée par par les Ming.

La bataille de Sekigahara             >>  Carte

A sa mort, Hideyoshi laisse un héritier, Toyotomi Hideyori, qui est le fils, non de son épouse Kita-no-mandokoro, d'origine modeste comme lui, mais de sa maîtresse, Yodogimi, nièce d'Oda Nobunaga par sa mère Oichi-no-kata. Une partie des vassaux de Hideyoshi choisit de rester fidèle à sa veuve (dont le neveu, Kobayakawa Hideaki, avait été choisi comme héritier par Hideyoshi avant la naissance de son fils), alors qu'une autre partie se range du côté de la mère de son fils.

Avant de mourir, Hideyoshi a chargé cinq puissants daimyo, dont Tokugawa Ieyasu, de veiller sur les intérêt de son fils, mais Ieyasu va surtout profiter des tensions et querelles qui surviennent alors entre les anciens vassaux du "kanpaku"  - et qui, pour nombre d'entre elles, remontent à la guerre de Corée - pour retourner la situation à son avantage.

Tokugawa Ieyasu, fils du daimyo Matsudaira Hirotada, naît sous le nom de Matsudaira Takechiyo au château d'Okazaki, dans la province de Mikawa, voisine de la province d'Owari (région actuelle de Nagoya) où est né Oda Nobunaga. Fidèle vassal de ce dernier, il s'oppose ensuite à Toyotomi Hideyoshi, avant de faire la paix avec lui. Son fief est situé à Edo, future Tokyo.

Après la mort de Hideyoshi, le principal rival de Ieyasu est Ishida Mitsunari, chef de file des administrateurs chargés de gouverner le pays et partisan de l'héritier de Hideyoshi. 

Deux coalitions finissent par se former, opposant les pro-Togugawa (armée de l'Est) aux pro-Toyotomi (armée de l'Ouest), et le principal affrontement a lieu lors de la célèbre bataille de Sekigahara, en 1600, dont Ieyasu et son armée sortent vainqueurs - certains daimyo, dont Kobayakawa Hideaki, ayant rejoint son camp pendant les hostilités. (A noter qu'une bonne partie des forces de Ieyasu, menée par son fils Hidetada, a été arrêtée, ou du moins ralentie par l'ennemi - par le clan Sanada - et n'a pu participer à la bataille).
 
La période d'Edo (Tokugawa) (1603-1868)
     
 

La campagne d'Osaka

Après sa victoire à Sekigahara, Tokugawa Ieyasu prend la tête du pays, aux dépens de Toyotomi Hideyori. Il est nommé shogun en 1603, imposant son autorité à l'ensemble des daimyo, et installe son bakufu à Edo (Tokyo), son fief, où il fait agrandir son château.

Les premières années du règne des Tokugawa sont marquées par les tensions incessantes entre Ieyasu et la famille Toyotomi, établie à Osaka.
En 1614, celle-ci s'est reconstitué une armée, après avoir réuni autour d'elle plusieurs daimyo fidèles à la mémoire de Hideyoshi (dont Sanada Yukimura), ainsi que des samouraïs adeptes du christianisme - dont Ieyasu est loin d'être un partisan - et un nombre important de rônins ayant perdu leur suzerain à Sekigahara.

Cette année-là, Ies Tokugawa lancent une première attaque contre le château d'Osaka, qui échoue partiellement, en ce sens que la forteresse est capable de soutenir un long siège, auquel  Ieyasu préfère renoncer. Ayant une toute autre stratégie en tête, il propose la paix à Hideyori, qui accepte, et, à peine rentré à Edo, en profite pour faire démanteler les défenses extérieures du château d'Osaka.

En 1615, alors qu'une armée s'est à nouveau rassemblée à Osaka, Iyeasu décide de lancer une seconde offensive, qui se solde cette fois par une victoire totale sur les Toyotomi et leurs partisans, et marque la fin des guerres féodales. Yodogimi et Hideyori se suicident, alors que le  très jeune fils de celui-ci est exécuté, ce qui met fin à la lignée Toyotomi. La veuve de Hideyoshi, elle, se retire dans un monastère. 

Le régime des Tokugawa

A la mort de Ieyasu en 1616, son fils Hidetada lui succède et devient le deuxième shogun de la dynastie Tokugawa, qui durera jusqu'en 1967.

Le régime des Tokugawa est marqué par la lutte contre le christianisme et la persécution des chrétiens, ainsi que par la restriction du commerce extérieur

Parmi les événements notables du début du régime, on retiendra la révolte des chrétiens de la presqu'île de Shimabara, sur Kyushu, et de l'île d'Amakusa, en 1637. Ces chrétiens, persécutés par la tyrannique famille Matsukura (le père tout d'abord, Shigemasa, puis le fils, Katsuie), sont aussi des paysans, et lorsque la famine les menace en 1637, à la suite de très mauvaises récoltes, leur désespoir est à son comble. Aussi finissent-ils par se soulever, rejoints par d'autres mécontents - anciens fidèles des Toyotomi et autres rônins. Après avoir tenté en vain de s'emparer du château de Shimabara, les rebelles se rassemblent dans la forteresse de Hara, où ils sont assiégés par les troupes du bakufu, qui songe un temps à faire appel aux Hollandais pour bombarder le château. La révolte est écrasée en 1638, au terme d'âpres combats.

En 1639, le bakufu décide de fermer le pays aux étrangers, à l'exception des Chinois, des Coréens et des Hollandais : un seul port cependant leur est ouvert, à Nagasaki, sur Kyushu.
Il faut attendre 1854 pour que des ports japonais commencent à s'ouvrir à nouveau aux étrangers, suite aux pressions menaçantes du commodore américain Perry.
Des traités sont alors signés avec les États-Unis, l'Angleterre, la Russie et la France.

Le bushido et l'évolution de la classe des guerriers

Un autre point important de la période des Tokugawa est l'évolution du statut et du rôle des samouraïs, qui s'accompagne de la mise en oeuvre du bushido.

Au lendemain des batailles de Sekigahara et d'Osaka, une paix durable s'installe dans le pays. Or, avec la fin des guerres féodales, la fonction des guerriers et l'existence même de leur caste se trouvent complètement remises en question. Sans emploi, les samouraïs sont même susceptibles de causer des troubles. 
Ils vont néanmoins trouver leur place dans le nouveau système, car ils vont être chargés d'assurer le maintien de l'ordre - une fonction qui fait d'eux des fonctionnaires, dès lors qu'ils se voient attribuer, non plus des terres comme c'était le cas jusqu'alors, mais une pension régulière. 

Leur tenue vestimentaire évoluant de pair, ces "nouveaux" samouraïs vont désormais porter, non plus l'armure, mais le kimono, tout en restant armés de sabres comme leurs prédécesseurs (un sabre long (katana) et un sabre court (wakasashi), l'ensemble formant le daisho).

C'est à cette époque que se développe le bushido, le code moral des samouraïs, qui se fonde sur un idéal de bonne conduite et des vertus universelles - telles que la loyauté, l'honneur, la sincérité, le respect de la parole donnée, la bravoure et le stoïcisme face au danger - et qui va donner à la caste des samouraïs une nouvelle identité doublée d'une dimension philosophique et spirituelle. Adeptes de la voie du Zen, les samouraïs s'exercent également à l'art de la calligraphie et pratiquent le rituel de la cérémonie du thé.

Enfin, parallèlement à la question de la place des guerriers dans le nouveau système, se pose, pour le régime des Tokugawa, le problème du contrôle des daimyo, et notamment celui des anciens partisans des Toyotomi ayant survécu aux campagnes menées contre eux. 
Afin de s'assurer leur loyauté, le bakufu les contraint rapidement à laisser des membres de leur famille en "otages" à Edo, et leur impose d'y venir eux-mêmes tous les deux ans. Cela étant, chaque daimyo gère son fief (son han) de façon autonome, avec l'aide des samouraïs, désormais fonctionnaires.

La chute du bakufu des Tokugawa

La décision prise par le bakufu, en 1854, de réouvrir le pays aux étrangers et la signature de traités avec les grandes puissances occidentales - pour lesquels l'empereur n'est même pas consulté - a pour conséquence la montée en puissance d'un sentiment nationaliste, qui va profiter à l'empereur. Les nationalistes forment une ligue anti-bakufu, dénommée "Joi", qui est à l'origine de nombreux actes de violence à l'encontre des étrangers et les dirigeants du pays.

Cette ligue, composée notamment de samouraïs issus des fiefs de Satsuma (Kagoshima), Choshu (Yamagushi) et Tosa (Shikoku) et agissant au nom de l'empereur Meiji, constitue peu à peu une armée, qui se met en marche pour renverser le shogun. La victoire finale des troupes de l'empereur sur celles du bakufu, en 1868, met un terme au régime des Tokugawa.

Quelques daimyo résistent encore un temps, repliés dans le fief du clan Aizu (région de Tohoku), mais ils sont vaincus à leur tour, et nombre de samouraïs se réfugient sur Hokkaïdo. Par la suite, alors que le système des han est aboli par le nouveau gouvernement de l'empereur Meiji, qui place le pays sous son autorité directe, d'autres rebellions conduites par des samouraïs éclatent. La dernière en date, menée par Saigo Takamori en 1877, est réprimée comme les autres.

 
 
  Sources bibliographiques :
- "Les Samouraïs, histoire illustrée" de Mitsuo Kure, éditions Philippe Picquier ;
- "L'Histoire du Monde : le Moyen Âge", éditions Larousse ;
- "Le Japon éternel" de Nelly Delay, éditions Découvertes Gallimard ;
- Quelques sites Internet sur le Japon ancien.